Le lendemain, je me rends à mon point de départ pour aller vers la deuxième section de Simataï. Un chauffeur de taxi m’explique que l’entrée est à 4 heures de marche et me convainc d’utiliser ses services. Bien sûr après avoir négocié le trajet à moitié prix, ce qui reste largement trop bien payé, il m’emmène sur des petites routes qui finissent en petits chemins à peine carrossables et me dépose au départ d’un sentier à peine tracé au pied d’une montagne au sommet de laquelle j’aperçois une tour! J’ai quelques doutes sur l’honnêteté du bonhomme, mais je décide de tenter l’aventure. Belle occasion de sortir des sentiers battus. Me voilà donc parti pour une heure de marche à grimper le long d’une montagne abrupte. Je finis par arriver à la tour vers midi.
Quelle n’est pas ma déception en réalisant qu’il n’y a aucune entrée officielle ici. Je ne suis certainement pas à Simataï. En fait je suis sur une section du mur interdite au public comme le panneau l’indique en chinois et en anglais et que s’y aventurer est aux risques de chacun! Le mur est en grande partie écroulé, seul l’un des parapets subsiste. Il est donc large d’un mètre environ et surplombe des à-pics vertigineux. Je me sens beaucoup moins aventureux soudainement, d’autant plus que je ne sais pas si je dois me diriger vers la droite ou la gauche pour rejoindre le fameux Simataï. Je m’apprête donc à quitter les lieux piteusement en maudissant tous les taxis de la terre aussi roublards les uns que les autres lorsque j’entends des voix à proximité. Un groupe de randonneurs chinois arrive par l’autre côté de la crête. Ils sont sept et j’en profite pour leur demander la direction de Simataï. À l’aide des quelques mots d’anglais qu’ils connaissent, ils m’expliquent que ce n’est pas du tout là et me proposent aussitôt de les accompagner dans leur randonnée. Je crois comprendre qu’ils ont l’intention de s’aventurer sur le mur! J’hésite quelque peu en voyant ce qui nous attend, mais la fierté prend le dessus et je me dis que s’ils peuvent le faire, je dois aussi en être capable! Nous voilà donc partis à grimper comme des chèvres sur ces lambeaux de mur.
Le groupe se révèle extrêmement sympathique, particulièrement Sun qui fait office de leader et prend la tête de l’expédition avec beaucoup de conviction et d’enthousiasme et Lily qui connait quelques mots d’anglais et décide de me prendre sous son aile. J’apprendrai que c’est un groupe d’amis qui fait de la randonnée et du camping régulièrement. Ils adorent la grande muraille et arpentent chacune de ses sections dès que l’occasion se présente.
Lily semble très inquiète de ma sécurité et me prévient à chaque difficulté, mais je prends de l’assurance et commence à esquisser quelques sauts sur le parapet qui surplombe la falaise de plusieurs centaines de mètres. Elle me fait les gros yeux, mais finit par se détendre…
La journée est superbe et nous finissons la randonnée par une descente à la verticale le long du mur qui s’est écroulé. Spectaculaire et saisissant, je sens pour la première fois une certaine appréhension de mes nouveaux amis. L’arrivée en bas donne lieu à force embrassades et photos de circonstance.
Comme ils sont venus de Beijing par autobus eux aussi, ils me proposent de repartir ensemble. Nous sommes maintenant de l’autre côté de la crête et nous marchons bientôt à travers des vergers de poires enrobées dans du papier rouge ou jaune et qui est du plus bel effet. Nous finissons par arriver dans un village et nous installons dans la cour d’un genre de magasin général. La propriétaire sort une table quelques chaises, nous lui achetons de la bière et voilà que mes Chinois préférés sortent leur lunch, chacun un plat qu’il a concocté. Je n’ai que des chips et des saucisses lyophilisées à partager, mais ils tiennent à me faire manger leurs victuailles. Un vrai délice.
Nous reprenons l’autobus pour Beijing non sans s’être donné rendez-vous pour le lendemain. Au programme, ballade au palais d’été de l’empereur au nord-ouest de Beijing.
Nous nous sommes retrouvés à cinq pour cette balade dans les immenses parcs au pied des montagnes. Ici aussi, leur connaissance de la région m’a permis de passer dans des endroits connus des seuls pékinois et qui nous amené jusqu’au parc…sans payer. Sun était très fier de son coup. Cette fois également, ils avaient amené un lunch digne du meilleur resto chinois de Montréal que Sun a généreusement fêté avec un alcool de riz à 47 degrés! Je me suis contenté de quelques bières. Finalement, il était fin bourré et s’est initié à l’anglais en me répétant inlassablement My name is Sun and we are friends now…ce à quoi je répondais: yes, you are drunk but we are friends…en zigzaguant dans les allées du Jardin botanique fort joli par ailleurs…
Lily a eu la gentillesse de m’envoyer ses photos des deux journées. Je les partage avec vous sans censure, cela devrait répondre aux critiques de certaines qui me reprochent de ne pas apparaître souvent dans le décor. Les voilà servies!

Impressionnant ! Et tu as l’air au meilleur de ta forme. Je connaissais un Niçois qui rêvait de partir faire un long voyage en Chine et économisait pour cela depuis des années. Mais au lieu de rester les quelques mois prévus, il n’est jamais revenu. Il est maintenant marié, installé et a adopté la culture jusqu’au kitsch le plus extrême. Dieux seuls savent ce qui t’attend !
« L’expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru. » Confucius
En effet, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve et la Chine a de nombreux atouts!!! Je comprend bien ce qui est arrivé à ton ami, et c’est sûr que je reviendrai. En attendant, d’autres horizons m’attendent!
»On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une. » Confucius, notre ami commun.
Excellent ! Merci.
» tu es pressé d’écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s’il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t’inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement
essaime la poussière
nul ne décèlera votre union. »
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René Char, commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935)
éditions Corti José
René Char, toujours. Merci Jean Pau!