Après être revenu à Beijing et y avoir passé la première semaine d’octobre, la fameuse semaine de la fête nationale durant laquelle tous les Chinois ou presque sont en vacances, me voici à Nanjing (Nankin). C’est une ville assez agréable même si elle n’a rien de remarquable sur le plan architectural. Comme la plupart des autres villes chinoises, il ne reste pas grand-chose de son passé impérial à part les remparts qui ont été »oubliés » lors des travaux de modernisation du grand bond en avant. Ce sont aussi les destructions durant la guerre sino-japonaise qui en sont responsables. En effet, Nankin est connue pour avoir été la capitale de la Chine pendant une période assez courte. Mais, elle est malheureusement connue pour le massacre dont ont été victimes ses habitants en 1937, massacre perpétré par l’armée japonaise. À l’époque, le gouvernement chinois, devant l’avancée des troupes japonaises, s’était replié et avait demandé à la population de rester à Nankin et de résister à l’envahisseur avec la belle formule qui est restée célèbre: »Tous ceux qui ont du sang dans les veines et un peu de souffle pour respirer doivent savoir que mieux vaut être brisé comme le jade que rester entier comme une tuile » . Et pour mieux les convaincre, il les a fait enfermer à l’intérieur des remparts. On estime que 200 000 à 300 000 habitants sur les 500 000 que comptait la ville périrent dans les massacres auxquels se livra l’armée japonaise.
Nanjing a de belles avenues plantées d’arbres qui ressemblent aux platanes, les wutongs et lui donnent un air européen. Elle est dominée au nord par le mont Zijin , véritable poumon de la ville, où j’ai visité le tombeau de Ming Xiaoling, premier empereur de la dynastie Ming et le seul qui ne soit pas enterré à Beijing. L’allée qui mène au tombeau est ponctuée de magnifiques statues d’animaux censés le protéger et symboliser sa puissance. Éléphants, lions, chameaux, chevaux à l’ombre de wutongs majestueux forment un ensemble magnifique. Sur un autre versant, le mausolée dédié à Sun Yat-sen considéré comme le père de la Chine moderne, domine la ville en haut d’un escalier monumental.
Mais ici comme ailleurs, c’est le parc lui-même qui est intéressant avec ses sentiers, ses bosquets, ses lacs où j’ai vu de nombreux habitants se baigner. Le plus beau est sans doute le parc du lac Xuanwù. Il est constitué de plusieurs îles sur un grand lac et elles sont toutes reliées ensemble par des ponts. Toutes ces îles sont aménagées en jardin et offrent une diversité de paysages incroyables. Elles permettent aussi d’avoir des points de vue différents sur la ville qui l’entoure.
Avant de quitter la région, je suis allé visiter la campagne autour de Nanjing et particulièrement le mont Qixià. Comme j’ai pu le remarquer souvent, ces belles montagnes sont aussi des lieux de culte taoïstes, bouddhistes ou confucéens avec temples, mausolées et autres statuaires qui viennent avec. Ici c’est un temple bouddhiste qui occupe la montagne avec l’habituel Boudhas, aussi gros que doré, entouré d’une multitude d’autres divinités dont j’ai toujours du mal à comprendre les liens qui les unissent entre eux. C’est aussi un monastère en activité où j’ai vu des moines faire leurs dévotions le téléphone à l’oreille. Les mêmes qui quittent le temple en reculant pour ne pas tourner le dos au Boudhas et lui manquer de respect… Décidément, je ne comprendrai jamais rien aux religions!
En marchant vers le haut de la montagne, on passe devant la falaise aux mille bouddhas. Elle est parsemée de grottes creusées à même la falaise et qui contiennent des statues datant du Ve siècle de notre ère. Ces statues n’ont malheureusement pas survécu à la révolution culturelle, beaucoup d’entre elles ont disparu ou ont la tête détruite. Les extrémistes religieux n’ont pas le monopole de la bêtise…
Du haut de la montagne, on domine le fleuve Yangzi qui rejoint Shanghai à quelque 150 kilomètres de là. Mais la vue n’a rien de bucolique, des centaines de barges et bateaux de toutes sortes le parcourent. Une ville industrielle s’étale un peu plus loin avec ses quais de chargement, ses raffineries, ses usines puis ses quartiers résidentiels taillés au cordeau et quelques fermes qui résistent en périphérie. Un Simcitie grandeur nature mais avec les fumées en plus. Moi qui pensais rejoindre Shanghai par bateau, je pense que je vais continuer en train…
