Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles on peut ou même on doit visiter la Chine: sa longue histoire, son patrimoine architectural et artistique, ses paysages grandioses, ses traditions culinaires, sa mosaïque ethnique qui en fait l’un des pays les moins uniformes qui soit, ses grandes villes modernes, Métropolis du XXIe siècle dont les gratte-ciels rivalisent d’audace et de gigantisme. Mais s’il devait y avoir un seul motif pour faire le voyage, ce serait pour ses jardins, ils justifient à eux seuls le déplacement.
Ce n’est pas une révélation bien sûr, mais il a fallu que je vienne sur place pour prendre la mesure de leur beauté.
J’ai eu la chance d’en visiter une vingtaine à ce jour, à travers toute la Chine, mais particulièrement à Pékin, et c’est à chaque fois un spectacle éblouissant. Œuvre d’art à part entière, le jardin chinois a la même capacité que les arts majeurs (la peinture, la musique, la poésie en autre) à transfigurer le réel, et susciter les émotions les plus vives. Marcher dans un jardin chinois, c’est se promener dans une oeuvre en trois dimensions qui change constamment au gré des chemins empruntés. Dans le milieu de l’art, on appelle ça une installation multimédia!
Art très ancien qui remonte au IIe siècle avant notre ère, il s’est perfectionné tout au long de l’histoire et a véritablement acquis ses lettres de noblesse sous la dynastie Ming (1360 – 1480) pour atteindre son apogée sous la dynastie Qing au XVIe et XVIIe siècle. Le jardin chinois a son propre langage basé sur quatre éléments chargés de symbolisme: l’eau, les roches, les végétaux et les éléments architecturaux tels que pavillons, temples, murs, cours intérieures. Ces quatre composants s’agencent en d’infinies variations qui reproduisent une nature idéalisée et créent un environnement qui se renouvelle sans cesse au gré des pas du marcheur. Pour plus de détails, voir l’excellent article ici.
Mais au-delà du plaisir des sens qu’il procure, le jardin chinois invite à un voyage intérieur et spirituel.C’est ce que j’y ai découvert en m’y promenant des heures durant.
Le plus surprenant est la diversité des paysages dans un si petit espace. La construction même du jardin permet ces variations en créant et isolant des petits mondes grâce à des barrières »naturelles » comme des montagnes, des plans d’eau, des cours intérieures, des bosquets d’arbres et en les reliant entre eux par des sentiers, des escaliers, des ponts ou des passerelles. Les possibilités d’agencement sont telles qu’il faut plusieurs heures pour faire le tour d’un jardin de quelques hectares et apprécier la disposition de chacun de ces paysages en les admirant sous plusieurs angles. Le choix même des roches, des plantes, des arbres, de la forme du plan d’eau, de la cascade, du pavillon participe à ce renouvellement constant. L’exemple le plus significatif est peut-être le jardin Yù à Shanghai. Ce jardin réputé qui date de la période Ming, s’étend sur à peine deux hectares, coincé dans la vielle ville et pourtant on n’en finit pas d’en faire le tour, tant il y a de cours, de passages et de pavillons isolés les uns des autres.
Mais le jardin ou le parc chinois est aussi un lieu de vie, et il est extraordinaire de constater toutes les activités qui s’y déroulent. Au fil de mes promenades, j’ai pu y voir des gens pratiquer le taïchi bien sûr, mais aussi la gymnastique, la danse en ligne, le cerf-volant, le chant, un instrument de musique, la méditation, les jeux de cartes, le xiangqi (jeu d’échecs chinois), ou au mah-jong, la calligraphie… Mais plus surprenant , j’ai vu aussi du monde pêcher, se baigner, promener son oiseau en cage, ramasser des graines ou des baies comestibles, faire de l’automassage en se frappant les membres le poing fermé et en se frottant le dos ou la poitrine contre un arbre.
Le moment idéal pour s’y promener est le matin au lever du soleil et en fin de journée. Le matin est pour beaucoup de Chinois le moment privilégié pour s’y rendre avec un petit-déjeuner et y retrouver ses amis pour une séance de taïchi, d’assouplissements ou de danse. Et c’est au coucher du soleil qu’on s’y promène pour relaxer, jouer ou discuter entre amis.

J’espère que tu y tires le Yi King…. xxx
Hummm, je ne sais pas, j’ai surtout tiré le Yi Queen pour l’instant…
« Voyage intérieur et spirituel »: wow, j’ai hâte de voir cette transformation chez toi. Tu m’épates cher Pascal!
Humm, je sens une pointe d’ironie dans ce commentaire… Ne t’attends surtout pas à une transformation trop radicale! J’espère que de ton côté, les siciliens ne t’ont pas corrompue!
… hum… depuis que tu es en Chine tu n’as pas encore rencontré Le grand livre des mutations (yi jing ou yi king)… il me semble que les jardins que tu décris sont des endroits idéaux!